La dotation médicale de la compagnie des indes au pôle course au large

La dotation médicale de bord  à bord des navires de course qui on établi leur port d’attache à Lorient répondent à plusieurs impératifs lié à l’éloignement et au milieu marin. Ces spécificités existent depuis longtemps, dans la marine. A travers un rappel historique bref, nous retrouvons aujourd’hui des préoccupations similaires que les nouvelles technologies ont permis d’améliorer.
La dotation médicale de bord à travers l’histoire
« Homme libre toujours tu chériras la mer », Charles Baudelaire résume à travers ces paroles, l’engouement eternel des marins pour les Océans.
De tous temps et particulièrement à Lorient, port crée en mars 1666 par Colbert, la traversée des mers a attiré les hommes.

La base de sous marin construite lors de la dernière guerre
La base de sous marin construite lors de la dernière guerre

La route des indes, la pêche au thon sur Groix, les conflits armés et la position stratégique de la base des sous marins de Keroman… Tous ces évènements  se sont déroulés près d’ici. La mer a toujours été l’enjeu de conquêtes de richesses et de découvertes.
 
La base des sous marins de Keroman et à gauche l’île saint Mathieu où se réalisaient les quarantaines sous la compagnie des indes.
Les hommes embarqués, loin des côtes se sont rapidement trouvés exposé à des problèmes sanitaires.
«  Ces hommes utiles, pour faire participer les habitants de l'univers entier aux avantages de tous les climats exposent non seulement leur vie aux fureurs d'un élément intraitable, mais encore leur santé aux inconvénients d'un changement continuel de climat, dans une demeure peu commode malsaine et où ils ne  peuvent se procurer que des aliments de mauvaise qualité et très souvent corrompus.........
Mauran, chirurgien de marine »
Pour la bonne marche du navire et mener à bien les missions lucratives, il fallait protéger ses marins.
Des ordonnances royales  furent prononcées. Et c’est alors qu’apparurent les premières dotations médicales de bord. Ces précieuses cargaisons étaient embarquées scellées sous la responsabilité du chirurgien du bord.

Coffre sanitaire
Coffre sanitaire

Les ordonnances de 1681  décrivent les coffres sanitaires: « coffre de chirurgie "garny",  des médicaments (remèdes internes préparents, cordiaux, sudorifiques,  antidotes, purgatifs, liniments, onguents, emplâtres  sirop de pavot, laudanum opié ) et des ustensiles (mortiers, pilons, balances, instruments de chirurgie mutilante]. »
Ils étaient composés  de flacons dont les contenus étaient préparés à partir des plantes souvent cultivés dans l’enceinte des hôpitaux maritime. Ceux-ci étaient scellés au départ.
Le Messia navire marchand qui a appareillé depuis Lorient nous a laissé le détail du registre des médicaments du bord.
Quelques remèdes des coffres disponibles et plus ou moins efficaces :
le catholicum, l'huile de scorpion, le sirop de nénuphar, la râpure d'ivoire, l'anis, le coriande, le fenouil, le séné, la mirabolane, l'agaric, l'hellébore noir, iris de Florence, le vin avec la kina, l'aloes,l opium  la rhubarbe, tout cela se présentait sous forme de décoction, d'infusion, fumigation,  emplâtre  et potions.
"LA THERIAQUE"   "  plus célébre était un mélange incroyable à efficacité large spectre de 64 ingrédients qui devait tout guérir car contenant  tous les produits  macérés à feu doux, dans un chaudron. Son usage était interne et externe et soignait...surtout les blessures, les brûlures, évitait l'infection,  soulageait les membres cassés,  la constipation la  diarrhée ou les fièvres.
Le mieux était sans doute de ne pas être malade.

En plus de ces remèdes, une série d’outils chirurgicaux complétait le contenu. Ils étaient la  frayeur de l’équipage car si ils permettaient les traitements de traumatologie ceux ci étaient souvent radicaux : l’amputation était souvent la solution la chirurgie était dite mutilante. Le chirurgien désinfectait les plaies avec de la charpie imprégnée d'onguents, il amputait à la scie. La flibuste existait et les blessures de guerre n’étaient pas rares.

Chirurgien Navigans
Chirurgien Navigans

Un responsable médical de bord devait être formé pour se servir à bon escient de cette dotation. Il était rarement médecin catégorie qui était trop considéré pour embarqué mais plutôt chirurgien « Navigans ».  A l’époque le médecin ne touchait pas le malade, seul le chirurgien était abaissé à cette tâche. Après un apprentissage sommaire il se retrouvait face à de lourdes responsabilités.
 

Il avait pour s’aider dans ces tâches un ancêtre de ce que l’on appellera plus tard le « médecin de papier ». La première publication d’un guide médical embarqué date de 1749. Les ouvrages comportaient une partie descriptive des symptômes de maladies, puis des traumatismes, la dernière partie était consacrée aux remèdes leur préparation et leurs actions et le détail de quelques gestes thérapeutiques.

Les « médecins de fortune »  du bord pouvaient essayer de reconnaître les symptômes de quelques maladies et d’en traiter les causes à l’aide de purgatifs ou d’opium. Scorbut, mal de mer, typhus, fièvres diverses, les maladies exotiques, la dysenterie, les maladies vénériennes, maladie parasitaires comme la gale et beaucoup d’accidents  étaient le lot quotidien des problèmes rencontrés.

 

Il était classique de distinguer plusieurs types de pathologies rencontrées:
* Maladies du départ :
    Elles sont essentiellement dues à l'état physique et physiologique des recrues, les causes en sont une alimentation défaillante, un alcoolisme latent, une mauvaise hygiène et un long voyage à pied pour atteindre le lieu d'embarquement.
    * Maladies dues à l'alimentation :
      Tout d'abord les pathologies carentielles avec le célèbre scorbut la "peste des mers" qui est une avitaminose C. Puis l'héméralopie, moins connue, mais procédant du même mécanisme ciblée, cette fois, sur la vitamine A et qui se manifeste par une diminution prononcée de la vision vespérale. Ensuite, citons la typhoïde, engendrée par l'eau ou par des éléments souillés par des déjections contenant le bacille d'Ésberth et se transmettant de l'homme à l'homme.
    * Maladies contractées à bord des vaisseaux :
      Ce sont essentiellement celles dues au manque d'hygiène et aux conditions de vie à bord : le paludisme, provoqué par la piqûre d'un moustique, mais pouvant aussi sévir aux escales ; le typhus exanthématique, connu sous le nom de fièvre des vaisseaux, l'agent vecteur y est le pou corporel ou la puce ; la peste bubonique, due au bacille de Yersin découvert en 1894, dont le réservoir est le rat se transmettant à l'homme par la puce. Les rhumatismes, dont la cause principale est l'humidité régnant en permanence sur les vaisseaux, atteignent les marins dès leurs premiers embarquements. Les maladies pulmonaires sont également dues à l'humidité. La gale du corps, est une maladie purement parasitaire provenant d'un manque d'hygiène flagrant. La dysenterie ou "flux de sang" peut être aussi une maladie d'escale. Cette affection est due à l'amibe dysentérique ; la contamination se fait par voie buccale avec des aliments souillés de matières fécales par des doigts sales, des eaux polluées, des légumes ou des fruits infectés par un manque d'hygiène évident.
      Mais à bord, il y a aussi les accidents de toute nature : ceux liés à la manœuvre du navire, les noyades, les brutalités et les punitions, les incendies, les naufrages, les abordages, les batailles navales et les mutineries. Cette pathologie est souvent du ressort de la chirurgie.
    * Maladies d'escale :
      Sous cette rubrique, on peut souligner les bagarres et les rixes, le pion, maladie tropicale due à un parasite voisin de celui de la syphilis, cette dernière étant aussi, très présente aux escales ; la blennorragie et le chancre rejoignent ce chapelet d'affections provoqué par de longues abstinences. La fièvre jaune ou " vomito-nègre " a pour réservoir de virus le singe qui transmet la maladie à l'homme par, là aussi, un moustique. Citons encore la variole ou "petite vérette", les intoxications alimentaires et enfin les maladies psychiques avec notamment la mélancolie ou mal du pays.

Avec cette longue énumération de maladies, d'infections, d'affections, de parasitoses et d'accidents, on comprend mieux le rôle que pouvait avoir ces écoles de médecine navale dont Rochefort était le fleuron.


 

Les temps ont passé, et ces prémices d’une organisation médicale de bord se sont améliorés.
L’avènement du commerce transatlantique, l’apparition et la généralisation de la grande pêche ont fait évoluer la législation au niveau mondial.
Les dotations à bord des navires professionnels sont devenues standardisées, les formations des maitres d’équipages aux gestes médicaux également . La prévention des maladies, l’hygiène à bord ont permis des progrès important. Le plus important a été sans doute de rompre l’isolement. Les conseils médicaux à distance sont devenus possibles grâce aux communications radio.
Radio Senlys, à coté de Toulouse permettait au navigateur de décrire son problème. par radio. L’interne de garde, lui donnait les conseils qu’il pouvait.
Ce mode de fonctionnement c’est officialisé par la suite avec la naissance du CCMM (centre de consultation médicale maritime) véritable médecin de garde des marins.
La base des sous marins de Lorient s’est elle aussi modifiée.
L’armée l’a quitté et elle a fait place depuis quelques années à plusieurs  écuries de course au large. Ainsi cohabitent des trimarans dont les plus grands, quelques bateaux IMOCA, les mini  6,50 tous on élu  domicile en face des alvéoles des anciens sous marins, pour préparer des projets de courses transocéaniques.
Les problématiques de la préparation médicale, de la formation et de la dotation médicale qui se posent à leurs équipages  ne sont pas tellement différentes de celles rencontrées par le passé. Même si les communications ont rompu l’isolement en cas de problème médical, les équipiers  restent éloignés de la terre. Partout au large les secours médicaux ne sont jamais disponibles en moins de une heure. Il faut savoir faire en attendant et avoir à bord ce qu’il faut.
Les problèmes rencontrés sont souvent classables en plusieurs groupes et leurs réponses médicales également.


—Bénin                    : Autonome / Pharmacien
—Non urgent ( RDV à 4h - 48h )         : Médecin traitant
—Urgence vraie / ressentie ( 30mn - 2h )     : Médecin de garde
—Urgence vitale ( < 30mn )             : SAMU


En mer ces délais ne sont jamais possibles, un navire même près des côtes est jamais accessible en moins de une heure.
La médecine en mer est donc hors norme, et l’on tente par les moyens modernes, de permettre que le marin bénéficie des meilleurs soins possibles.

Dotation-Formation-Télémédecine

est le trépied de  cette organisation.

Le Contenu de la dotation
La dotation médicale de bord de ces navires de course ne répond pas à des standards forcément adaptés aux réalités de l’océan.
Une dotation officielle D240 a été élaborée par le conseil supérieur de la plaisance
Elle est obligatoire pour les bateaux qui naviguent au delà des 6 milles d'un abri et fait partie du matériel d'armement et de sécurité hauturière d'un navire.
 Composition de la trousse de secours obligatoire pour les navires navigant à plus de six milles d'un abri:
    * 1 rouleau de 4 mètres de bande de crêpe (bande crêpe d'une largeur de 10 centimètres)
  * 1 boîte de pansements adhésifs en 3 tailles
    * 1 rouleau de 4 mètres de bande auto adhésive (bande auto-adhésive d'une largeur de dix centimètres)
    * 1 coussin hémostatique
    * 1 paquet de 5 compresses de gaze stériles (la taille des compresses de gazes stérile est moyenne)
    * Chlorhexidine en solution aqueuse unidose 0,05 %
    * 4 paires de gants d’examen non stériles, en tailles Moyenne et Large (taille des gants L et M)
    Tout complément de la trousse de secours est laissé à l’initiative du chef de bord.




Cette trousse tient en général dans une boite en plastique vendue par les magasins d’accastillage. La qualité des produits est plutôt piètre, les pansement mal adaptés au milieu marin. L’antiseptique proposé n’est pas conforme avec ce qui est habituellement proposé par les référentiels de petite chirurgie…. Enfin le chef de bord sans formation ou conseils médicaux se retrouve fort dépourvu pour compléter ce contenu.

 Pour la course au large la composition de la dotation médicale de bord est éventuellement  proposée par les organisateurs (Vendée Globe, Mini transat..).
Sur cette trame de base le skipper qui s’entoure de conseils peut compléter celle ci de matériaux en rapport avec le programme de course et le type de bateaux.

attelle Ked
attelle Ked

Les bateaux rapides comme les trimarans de course exposent à des lésions proches de la traumatologie routière du fait des cinétiques en jeu. La dotation médicale répondra aux pathologies potentielles que cela peut provoquer.

 
L’attelle de Ked permet d’immobiliser le rachis mais aussi un membre inférieur.
Les yeux sont souvent mis à mal également durant les courses. Les produits ophtalmiques ont donc une place prépondérante.
La macération, l’humidité favorise la survenue d’abcès ou d’infection cutanée. Là encore les crèmes protectrices et les antibiotiques adaptés seront achalandés.
La douleur est une manifestation fréquente dans de nombreuses pathologies.
 La dotation comportera des antalgiques de trois niveaux. La morphine sous forme oro-dispersible, ou de patch est proposée.
Plusieurs produits appartiennent au registre des produits dopants. Les marins en sont informés. Leur utilisation nécessite une déclaration et une autorisation du marin de la course.

Le listing et les outils d’aides à l’utilisation sont disponibles à bord.
Les produits sont classés par codes couleurs dans deux compartiments.

DMB
DMB


Les produits sont reconditionnés  dans des contenants étanches (pot à urine, sac minigrid, boite plastique), ils sont étiquetés avec leur propriétés, posologie. La notice d’utilisation officielle est jointe.
Le reste des produits sont classés dans un sac de réserve.

 

Là encore, le listing est repris sur la chaque compartiment qui est transparent et permet une identification rapide du contenu.

                      
Enfin pour que la transmission et la gestion de la dotation soient aisées et que des aides soient disponibles l’ensemble de la dotation est consultable sur un serveur informatique.
Le rappel de la localisation des produits de leur péremption et quantité, leur notice technique, voir un film de rappel de leur utilisation si nécessaire y sont disponibles.
 
Une dotation = Une formation
Comme dans le passé, la formation de un ou au mieux deux équipiers du bord est indispensable. Elle se réalise dans le cadre de stages agrée par la ISAF par FFV.
Le programme de ces formations n’est encore malheureusement pas assez standardisé.
Souvent seuls les gestes de secourisme sont enseignés tels ceux de la réanimation cardio pulmonaire.  Cela est déjà un début, mais est-ce réellement pragmatique ? Connaissant déjà les taux de réussite de ce type de réanimation.
D’autres éléments sont abordés à la discrétion des formateurs  comme la télémédecine et son utilisation,  l’utilisation des produits, la réalisation d’injection, l’alternative aux sutures.
Les urgentistes de Quimperlé proposent ces formations dans le cadre de l’association Med-Mer.

 

La prévention y est citée en exergue. En mer sans doute plus qu’ailleurs mieux vaut prévenir que guérir. Les marins découvre souvent lors d ce stage la conduite d’un politique de prévention des risques.
Les soins dentaires par exemple,  sont priorisés avant le départ, plutôt que de laisser croire aux coureurs qu’avec un kit de Dentanurse ils seront à l’abri.
 
Un guide médical, médecin de papier moderne est disponible à bord, il est choisi parmi une série disponible. L’utilisation des moyens informatiques permettent l’utilisation de films pour rappeler au personnel formé le déroulé des gestes.
 


Enfin les moyens de communication et leur utilisation dans le cadre de l’utilisation de la dotation médicale sont  détaillés et les procédures décrites avant le départ.
 

 
   

La dotation médicale de bord est fondée encore sur des principes qui existent depuis longtemps. Le milieu de la plaisance délaissé, un moment dans cette partie par rapport aux navires professionnels, comble petit à petit son retard. L’univers de  la course au large est un laboratoire d’expérience qui peut servir au plus grand nombre. L’évolution des navires de course, le niveau de préparation des marins et les enjeux financiers sont tels que comme le matériel, le marin ne doit défaillir pour des problèmes médicaux « valables ». Néanmoins dans cette course à l’exploit, le médecin préparateur devient quelque part complice de challenge où l’ensemble de risques encourus dépasse parfois le raisonnable au profit de l’audience. Il doit à ce moment tenir son rôle également et prévenir.

 


DR JM Le Gac Mars 2009 Congrès APHO  Lorient 

Décembre 2015

MedMer collabore avec groupama team france pour un programme de formation aux secours médicaux

Novembre 2015

MedMer a participé à l'élaboration, de recommandations pour la formation médicale dans la course au large en marge du congrès ISAF à Sanya

 

Juin 2015: MedMer assure la médicalisation de la Volvo Race à Lorient.

STAGE SIMULATION

JM Le Gac et Pascal Chapelain de l'IFSI de Lorient ont collaboré pour créer un stage de formation médicale pour les coureurs au large. Il a été testé auprès de l'équipage de banque populaire avant le trophée Jules Vernes. La simulation médicale y est prépondérante. Cette nouvelle méthode d'enseignement permet une réelle acquisition des gestes essentiels.

Med Mer forme  la team de spindrift  pour le trophée Jules Vernes 2015.


 

Retrouvez  le journal de bord video de la  Transat en solidaire en cliquant sur le lien ci-dessus. Med mer a accompagné la minitransat à bord de podorange ( nos photos et textes)