Handicap

Comment réagit-on face au handicap ?

La question s’est vite imposée sur Podo et sa perception totalement modifiée. Qui est réellement handicapé ? Moi ou bien Gilles et Max. L’espace est réduit même si ce voilier fait 20 m de long. Mon champ de vie va être terriblement restreint, m’obligeant au partage de l’espace à chaque instant mais également de toutes mes initiatives personnelles.

Si je veux boire un verre d’eau, manger une bricole, je propose à ceux qui m’entourent si ils en veulent aussi avant de me servir seul égoïstement. Il ne s’agit plus de contenter ses seuls désirs et de penser ensuite aux autres. Cette leçon sera la première pour moi. S’adapter à ce mode de partage de tout et de d’interdépendance, me ramène à reconnaître un handicap : Celui de ne plus savoir vivre en communauté.

Par ailleurs physiquement, les déplacements sur le pont du navire et à l’intérieur, sont hésitants au rythme de la houle. C’est souvent à quatre pattes, saisissant au fur et à mesure un Winch, une écoute pour assurer mes pas que j’arrive à me rendre non sans encombre et quelques hématomes en plus là où je veux. Max qui a un handicap moteur des membres inférieurs, possède en contrepartie une force importante des membres supérieurs. Il sourit ou plutôt est étonné de voir qu’à bord nos différences physiques s’estompent à ce point.

C’est avec Gilles que de prime abord on peut se sentir gêné. Il ne se sert que difficilement de ses membres inférieurs et de ses bras. Il passe sa journée assis,  là où quelqu’un aura voulu le positionner. Sa parole est également difficile à comprendre, et le faire répéter  me gêne au premier contact.

Son handicap, là encore sur le bateau est beaucoup plus limité. En permanence quelqu’un est à portée de son regard ou de sa parole. Les seuls déplacements consistent entre la montée et la descente dans la cabine vers le siège spécialement conçu pour lui au centre de Kerpape. D’autres aménagements ont été également réalisés pour cela. Une chaise roulante pour le déplacer dans la coursive, et un système de palan rattaché au pataras pour la descente du bateau ou dans la cabine.

Les autres dépendances sont celles des besoins d’hygiène quotidiens.  C’est ce qui semble plus gêner une partie des membres de l’équipage. Il est vrai que spontanément même auprès de proches on peut ressentir avilissant de devoir s’occuper de ces choses là. Gilles, cela fait partie de son quotidien. Cela ne me pose guère de problème de l’aider dans ces tâches de par mon métier de soignant. Notre relation que je pensais privilégiée sur ce plan là est vite recadrée par Gilles. Ce n’est pas d’une assistance médicale dont il a besoin.  Je faisais initialement une une grave erreur en l'iaidant de façon autoritaire, comme s'il était la malade et moi le médecin.En faisant cela j’interprétais son handicap et j’imposais l’étendu de sa dépendance. Gilles en fait est capable par de subtils mouvement fins  et en se servant des ses jambes et ses membres supérieurs comme nous autres vlaides n'en n'avons pas l'habitude. C’est la première leçon qu’il m’aura donné mais il y en aura d’autres..

Pour Gilles en fait cette traversée, révèle moins de limites handicapantes que sur terre. Lui et Max contrairement à quelques autres membres d’équipage, semblent moins touchés par le mal de mer.

Le principal handicap c’est moi qu’il touche. Ne pas considérer nos différences physiques dans mes rapports avec lui. Les discussions, les échanges, les propositions doivent se faire comme pour tout à chacun. J’ai plus moi même l’impression de devoir faire un apprentissage. Cela vient petit à petit mais comme avec le reste de l’équipage. Ne plus considérer nos échanges et relations comme inscrits dans un protocole de savoir vivre mais d’échanges humains. sincères. Là encore le handicap, ramène, j’ai l’impression ceux qui en sont touchés sur ce niveau de communication ultime d’emblée. Max d’ailleurs à certains moments me servira de décrypteur ou me mettra en garde. Gilles ne veut pas parler, c’est comme çà et c’est tout. Ce n’est pas la peine d’essayer d’imposer ma volonté de dialogue mais plutôt de respecter ce silence qui n’est pas forcément pathologique. Max le sait, et me prévient :

« C’est comme cela des fois il ne veut pas parler »

Gilles et Max établissent un niveau de connivence et de communication qu’il ne faut pas leur envier. Nous n’avons pas à envier l’amitié qui unit deux personnes. Si nous l’admirons, libre à nous de la créer avec qui nous voulons.

Les coups de blues, les moments de vide devant l’océan immense, je les ressens avec la même force et sans doute moins de résolutions que Gilles. C’est avec lui que j’en parlerai en premier, et il me remontera le moral avec une force impressionnante.

La solidarité de cette transat, s’applique bien entre chacun d’entre nous et pas entre valides et moins valides. C’est une révélation qui pourrait servir à chacun dans la vie terrestre.

 

Décembre 2015

MedMer collabore avec groupama team france pour un programme de formation aux secours médicaux

Novembre 2015

MedMer a participé à l'élaboration, de recommandations pour la formation médicale dans la course au large en marge du congrès ISAF à Sanya

 

Juin 2015: MedMer assure la médicalisation de la Volvo Race à Lorient.

STAGE SIMULATION

JM Le Gac et Pascal Chapelain de l'IFSI de Lorient ont collaboré pour créer un stage de formation médicale pour les coureurs au large. Il a été testé auprès de l'équipage de banque populaire avant le trophée Jules Vernes. La simulation médicale y est prépondérante. Cette nouvelle méthode d'enseignement permet une réelle acquisition des gestes essentiels.

Med Mer forme  la team de spindrift  pour le trophée Jules Vernes 2015.


 

Retrouvez  le journal de bord video de la  Transat en solidaire en cliquant sur le lien ci-dessus. Med mer a accompagné la minitransat à bord de podorange ( nos photos et textes)