Pot au noir

Il y a deux heures nous étions sous le soleil. Petit à petit les nuages blancs se sont amoncelés depuis l’horizon jusqu’à recouvrir le ciel bleu au dessus de nos têtes et devenir noirs. C’est l’entrée dans le fameux pot au noir. Ceux qui ne le connaissent pas se demande un peu ce que c’est vraiment. Lolo me décrit des rafales de vent imprévisibles brutales au milieu de la pétole. La météo du jour rajoute un peu à l’inquiétude du novice que je suis face à cette zone de mer devant nous. D’après météo consult le vent pourra monter à 45 nœuds voir plus et il y aura de nombreux orages sur la zone. La nuit nous enveloppe petit à petit. Le soleil couchant ne sera pas visible ce soir. Je suis de premier quart. La lune sur cette partie du globe nous éclaire moins et que beaucoup plus tard dans la nuit. Je suis fatigué de ma nuit précédente et avec cette attente de phénomènes météo que j’appréhende mal cela provoque un mélange à la fois excitant et mal maitrisé. Nous apercevons des éclairs nombreux à l’horizon. Ils ne sont pas éclatants, atténués à priori par les masses nuageuses ils sont entourés d’un halot blanc. Le ciel au dessus de nous comporte de grosses masses noires  arrondies que l'on devine menançantes dans la nuit qui s'est installée avec eux. Pour l’instant pas de pluie, le vent monte mais assez légèrement. Nous avons tout prévu aselon les directives de  Brice. Si le vent monte brutalement et fortement, nous partirons en fuite en choquant la grand voile, le génois ensuite. Pour l’instant rien de tout cela n’est nécessaire, la situation est facile à maitriser. Finalement en dehors de quelques risées sous les masses nuageuses, rien de terrible. Je finis par me résigner le pot au noir n’est pas si imprévisible que cela. Le temps passe vite à force de guetter le vent comme cela. La relève arrive sur le pont pas trop réveillé. Après avoir confié les consignes et le cap à tenir, la descente libératrice dans le carré est possible. Un passage par la table à carte est obligatoire pour noter ; cap tenu, vitesse, heures et toutes les infos de notre quart. Lolo exprime son doute sur le fait que nous soyons vraiment dans le pot au noir sur le livre. Je me couche à 1 heure. Lavage de dent, une vidange de vessie par dessus bord et l’enfer de la cabine débute. La température est montée à 40° dans la bannette. Le petit hublot ne suffit pas aérer. La peau est vite moite, le drap sous moi est humide. Il m’est très difficile de m’endormir dans ces conditions. J’entends les conversations sur le pont. Le vent diminue amenant de moins en moins d’air dans la cabine. L’atmosphère devient étouffante. J’hésite à me relever. Mon prochain quart est à 7 heures, et il faut que je sois en forme, déjà que la nuit précédente n’était pas top. Je tourne d’un coté à l’autre et me résigne à me lever pour boire un coup. Le sommeil à bord est bizarre. Moi qui d’habitude dort 7 à 8 heures, là je me repose par tranche de trois heures et beaucoup moins qu’à terre. C’est souvent l’épuisement qui a raison enfin de mon endormissement. Après  cette nuit enfin réparatrice je peux repartir vers des dettes de sommeil deux à trois jours. Ces cycles se succèdent et je m’y habitue. Cela participe à l’installation d’une sorte de torpeur moite qui va bien avec cette partie de l’océan. J’ai entendu Hervé qui manifestement est à la barre, dire à Pierrick qu’il ne comprenait plus ce qui se passe à la barre. Seraient-ce les fameuses prévisions météo qui arrivent enfin ?

Cela signe la fin de mon repos. Je me lève et les rejoint sur le pont. Entre temps ils ont fait deux empannages. La girouette est folle et a tourné de 180 ° en quelque secondes. Alors que j’arrive elle s’est stabilisée de nouveau permettant le bon cap. Le vent ne monte toujours pas.

Ce n’est que 12 heures plus tard que l’entrée en  matière sera réelle. Dommage j’aurai du mal à en profiter un peu à bout de nerf par le manque de sommeil. Les nuages noirs n’ont cessé de s’épaissir au cours de la journée. D’un seul coup la pluie arrive, diluvienne. Je suis à la barre. J’ai eu le temps d’enfiler mon maillot de bain. Tout le monde est sur le pont, lessive, shampoing, chacun y va de son lavage personnel. La pluie est vite froide avec le vent qui monte maintenant. Pierrick est allé enfiler sa vête de quart et s’est séché un peu. Je commence à frissonner un peu. C’est encore un paradoxe du pot au noir. Je crevais de fatigue et chaud hier, aujourd’hui le sommeil manque toujours mais je sui heureux de retrouver la chaleur de la cabine.

La pluie se poursuivra petit à petit en s’épuisant en intensité jusqu’au dîner. Pommes de terre gruyère et thon mixé mais auparavant un punch pour se réconforter. Chacun termine son bol en aluminium et l’essuyant avec ses doigts. La faim augmente avec le froid et la fatigue. Le prochain quart pour moi sera à 22 heures. Le vent s’est calmé, la pluie a cessé. Le moteur est nécessaire pour progresser de nouveau. J’ai réussi à vaguement somnoler au son ronronnant du moteur. Je remonte sur le pont. Cette fois je me suis équipé : lycra de planche à voile, pantalon de ciré, et haut imperméable. Le gilet, la lampe flash et la longe complète cette équipement coté sécurité.

Ils n’ont pas eu droit à un nouveau grain eux… Nous sommes le quart du vent. A chaque fois c’est pareil, à peine réveillé et il faut s’accrocher à la barre et régler les écoutes. Le réveil progressif est rare. Cela va être pareil. L’horizon à peine visible de nuit l’est encore moins. Il reste une petite étoile dans son linceul blanc au dessus de notre tête mais nous fonçons vers le noir, le néant. Toutes ses impressions sont augmentées la nuit. Le vent se lève en quelques secondes, passant de 5 à 25 nœuds. La pluie l’accompagne. Podo se tient bien. Il grimpe sur les vagues sans problème. En choquant à peine l’écoute de grand voile on garde le cap.

Le soir alors que nous envisagions tous la fin de cette traversée du pot au noir, un bruit étrange ce produit sur le pont. Flo a vite fait le diagnostique: La grand voile est déchirée sur toute sa largeur au dessus de l'arrière derniere latte. La sanction sera dure. Le moteur pendant 24 heure, dans une mer plutôt formée. La trinquette à l'avant stabilise mal le bateau. La nuit sera trés pénible pour tout le monde. Rien à faire l'instant seulement attendre le lendemain pour réparer enfin. 3 heures, Brice pensait que ce temps suffirait à nous tous. Se sera 12 heures de boulot, sur un pont chahuté recouvert de temps en temps de vagues qui passent sur l'avant du bateau. Chacun à pris fil et aiguilles, les doigts ont souffert, piqués de temps en temps, les dos pliés sur le pont. Un sous la voile et un au dessus pour récupérer l'aiguille, piquée du la grosse toile, nous avons tenu avec la nécessité impérieuse de remonter la grand voile pour avoir de nouveau un cap confortable. Se sera chose faite la nuit tombée. Au moment de hisser la toile personne ne dit plus rien, chacun pense ; "est-ce que cela va tenir". C'est bon c'est reparti. Ouf, nous allons pouvoir de nouveau avoir un bateau à voile. Le moteur est coupé, et les quarts retrouve leur roulement habituel après cette mobilisation générale.

Finalement ce pot au noir n’est pas aussi terrible que je l’avais imaginé. Les surf dans les risées de vent sont plutôt grisants. Cette fois je dormirai profondément après mon quart rassuré. Au petit matin à 7 heures, lors de la relève je découvre avec joie la trouée orange et rose à l’horizon. Le soleil enfin réapparaît. Le pot au noir est toujours là mais moins humide. Nous gardons cap au 240 vers San Pedro. C’est un petit caillou au milieu de l’océan Atlantique à mi chemin. C’est le résultat de la rencontre de deux plaques sous marine.

 

Décembre 2015

MedMer collabore avec groupama team france pour un programme de formation aux secours médicaux

Novembre 2015

MedMer a participé à l'élaboration, de recommandations pour la formation médicale dans la course au large en marge du congrès ISAF à Sanya

 

Juin 2015: MedMer assure la médicalisation de la Volvo Race à Lorient.

STAGE SIMULATION

JM Le Gac et Pascal Chapelain de l'IFSI de Lorient ont collaboré pour créer un stage de formation médicale pour les coureurs au large. Il a été testé auprès de l'équipage de banque populaire avant le trophée Jules Vernes. La simulation médicale y est prépondérante. Cette nouvelle méthode d'enseignement permet une réelle acquisition des gestes essentiels.

Med Mer forme  la team de spindrift  pour le trophée Jules Vernes 2015.


 

Retrouvez  le journal de bord video de la  Transat en solidaire en cliquant sur le lien ci-dessus. Med mer a accompagné la minitransat à bord de podorange ( nos photos et textes)